RETOUR À LA VIE NORMALE

20 mois de temps d’arrêt, que j’ai mis ma vie entre parenthèses pour plonger dans l’inconnu, apprendre à faire confiance aux autres, à leur laisser le contrôle de ma vie.

Quand on se fait dire la 1ère fois qu’on a un cancer, on ne sait pas dans quoi on s’embarque et je pense que c’est mieux ainsi, sinon, l’anxiété nous envahirait et on se sentirait découragée avant même de commencer quoi que ce soit.

Par chance, l’hôpital était tout près de chez moi. J’ai été me faire traiter à Montréal (1 heure de chez moi) seulement pour la radiothérapie et le poumon. Quand je fais un calcul rapide, j’ai été plus de 100 fois dans les corridors, salles d’attente de clinique, CLSC et hôpital. Prises de sang, échographie, biopsie, scintigraphie osseuse, scan, tep scan, chimiothérapie, radiothérapie, opération, rendez-vous avec les médecins, les infirmières, font partie de notre quotidien.

Ma liseuse était ma meilleure amie, elle connaît tous les corridors, les salles d’attente, elle me suivait partout. Je la glissais dans ma poche et hop, nous étions parties. Je dois avoir pas moins de 60 livres de lus durant cette période. Par chance, j’aime beaucoup lire. Je ne suis pas du genre à parler aux inconnus dans les salles d’attente, et encore moins répondre à la question « toi, c’est un cancer de quoi ». Ma liseuse a vraiment été mon alliée. Mais je ne peux pas dire que je me souviens de l’histoire de tous les livres. Par moment, la concentration manquait un peu.

Au début de mon congé, je me levais tôt à tous les matins, allait marcher, gardait mon rythme de vie de femme qui travaille. Après ma 2e opération au sein, un matin que j’étais à prendre ma marche, je me suis dit : arrête de courir, tu as de la chimiothérapie et de la radiothérapie à faire, tu ne retournes pas travailler tout de suite, prends ça relax le matin. A partir de ce matin-là, j’ai vraiment décroché. Ça m’aura pris 4 mois.

Tu as tellement de rendez-vous durant cette période que ton temps est très occupé, et les semaines passent rapidement. Et il y a aussi les périodes où tu vas moins bien, l’énergie étant en baisse à cause des traitements, des médicaments, des questionnements, etc. Et pour tous ceux qui pensent qu’on est en vacances durant ce temps parce qu’on ne travaille pas …..

Dans ma tête, c’est comme si la vie s’était arrêtée il y a 2 ans. J’ai comme « sautée » un 2 ans dans la vie de tout le monde, pour me rendre compte que finalement, quand je parle de quelque chose dans l’espace temps, je dois rajouter un 2 ans … Et c’est là que je réalise que malgré tout, cette période a passé rapidement. Mais quand on est en plein traitement, on trouve ça long et on a juste hâte que tout ça finisse.

Une fois tous les traitements terminés, c’est comme si c’était une nouvelle vie qui commençait. On doit se réapproprier notre vie, faire autre chose que des rendez-vous médicaux, mais surtout, penser à nous. J’ai dû me réajuster à bien des niveaux.

A la maison, je dois « planifier » un peu plus, ce que je ne faisais plus du tout, ou presque plus.

Au travail, ouf, c’est une autre paire de manches. Beaucoup de choses ont changées, à commencer par la concentration, la mémoire, je dois faire une contre-vérification de certaines tâches effectuées. Et la fatigue est un peu plus présente en fin de journée.

Peut-être qu’avec tous ses traitements, notre corps vieillit plus vite, qui sait ??? Mais je sais une chose, physiquement je ne suis pas comme avant. Espérons que le temps ramènera les choses sinon j’apprendrai à vivre avec ses changements.

La vie sociale, je la retrouve à mon rythme. Mais parfois, je refuse certaines invitations. Je sais qu’au retour à la maison de chaque sortie, j’aurai de la douleur dû à la chirurgie aux poumons. Le temps passe et la douleur diminue, mais certaines journées, je n’ai pas vraiment le goût d’avoir mal. Donc, de ce côté, une journée à la fois.

On doit aussi se réapproprier notre corps, vivre avec notre nouvelle image. Même si je suis à l’aise avec mon corps, j’ai quand même dû faire un travail sur moi pour accepter mon corps avec un sein en moins.

Quand on est en période de traitement, on est très bien entourée par le monde médical, on est très occupée. Quand on reprend notre vie, tout d’un coup, le monde médical nous « fiche la paix ». On doit, du jour au lendemain, apprendre à vivre avec nous-mêmes, les « changements psychologiques » du cancer, et les séquelles physiques avec ses limitations.

Oui, on est en vie, mais on doit prendre le temps de se réajuster dans cette nouvelle vie.   Tellement d’émotions qui sont bousculées durant cette période qu’on ne peut pas les prendre toutes en même temps, on réalise en peu de temps ce qu’on aurait dû réaliser sur plusieurs années, parfois le choc est brutal. Mais en les prenant une à la fois, on s’y fait et on évolue à notre rythme.

Je suis présentement en vacances pour quelques semaines. Depuis 2 ans, c’est la 1ère fois que j’ai le sentiment d’être en vacances. J’étais bien excitée et très heureuse de pouvoir planifier des vacances. Le retour à la vie normale est bel et bien amorcé.

Et j’en ai profité pour essayer la prothèse Active Flow. Une prothèse fait d’un tissu moulé à espacement offrant un séchage rapide. Au début, j’étais très septique car c’est une prothèse fait de billes légères, donc très différente de la prothèse de tous les jours. J’ai monté une petite montagne durant les vacances et malgré la transpiration et la chaleur, la prothèse n’était pas humide et restait bien en place, et sans ressentir aucune chaleur supplémentaire sous la prothèse. Et pour l’essai dans la piscine, le seul défaut que j’y ai trouvé, c’est qu’elle est un peu plus petite comparativement à la prothèse pour la baignade. Et les pochettes dans le costume de bain sont un brin trop grandes, donc dans l’eau, il y a comme un « espace d’air ». Mais côté confort, elle est beaucoup moins pesante, donc beaucoup plus confortable. Et les billes n’imbibent pas l’eau, ce qui la rend très confortable. Et pour l’entretien, très facile à laver et sèche rapidement. Et un point très positif, le coût est très abordable. Donc, aucune raison de s’en passer quand on fait de l’exercice.

Lyette

2 réponses
  1. Anne Marie
    Anne Marie says:

    Bonjour

    Ayant été témoin impuissante, mais surtout amie durant ce long, difficile et vertigineux périple vécu par Lyette, j’aimerais bien lui dire combien son attitude, sa force de caractère, sa volonté ont forcé mon admiration et ont rajouté une autre petite dose d’humanité dans mon esprit et ma compréhension de la vie et de l’acceptation de soi. Mais cela je sais qu’elle le sait, sinon voilà je te le dis Lyette avec toute mon affection. Je ne peux qu’imaginer les montagnes russes qu’ont à traverser les gens souffrant d’un cancer et des traitements ou opérations qui s’en suivent. Cela dépasse probablement notre entendement.

    L’amitié est précieuse dans ma vie et je suis d’autant plus riche aujourd’hui car je peux toujours compter sur son amitié encore et pour longtemps. C’est ce que je nous souhaite pour la continuité des choses. AM

  2. Anne Marie
    Anne Marie says:

    Bonjour Lyette

    Ayant été témoin, mais surtout je crois bien amie tout au long de ce difficile passage de ta vie, je veux reconnaître toute la force de caractère, ta détermination et ta volonté d’avancer jour après jour, traitement après traitement. Je devine que bien souvent tu nous as « épargnés » de tes émotions ou sentiments les plus intenses, nous tes proches, et cela me donnait aussi le désir de faire de mon mieux en t’accompagnant. J’ai appris, j’ai beaucoup appris et t’en remercie maintenant aujourd’hui.

    L’amitié a une place primordiale dans ma vie et tu y as une place essentielle. Bonne et belle continuité madame.

    Anne Marie

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